La schola populaire
une expression culturelle authentique de l'âme congolaise
Au début des années 50, un jeune abbé s'entoure de quelques amis, grands séminaristes et laïcs engagés, pour réfléchir à une pastorale portée par des femmes et des hommes de catégories sociales modestes. L'abbé Barthélémy BATANTU — puisque c'est de lui qu'il s'agit — élabore un concept très simple et vite opérationnel : la schola populaire.
En effet, face à l'urbanisation rapide et sans cesse croissante de Brazzaville, la capitale du Congo, nombre de femmes perdent certains de leurs repères lors de ce passage souvent définitif de la campagne à la ville. Les problèmes de langue, de capacité à s'intégrer dans le nouveau corps social (de la rue au quartier et à la grande cité), d'espaces pour l'expression culturelle… poussent naturellement ces groupes à recréer en ville leurs villages. Les pratiques religieuses de toutes sortes accompagnent ces migrations, comme si les croyances et les rites qui les matérialisent étaient, plus que de simples bouées de sauvetage, l'emprunte identitaire qu'il fallait faire revivre, à tout prix.
Toucher ces gens modestes par une pastorale de christianisation au plus près de leurs préoccupations et surtout avec les moyens les mieux adaptés à leur niveau social et culturel en prenant soin justement de faire s'exprimer cette âme du Congo profond… tel fut le projet initial de l'abbé BATANTU.
Très rapidement, dans toutes les paroisses de Brazzaville naissent des groupes de schola populaires qui, par le chant accompagné de percussions traditionnelles (tam-tam, mpungi, ngongi, m'kwanga, m'kwiti…), animent des rassemblements divers : messes, cérémonies de mariages, veillées funèbres. Ces dernières furent l'objet d'une attention toute particulière de la part de l'abbé BATANTU. En effet, c'est autour de la mort que s'articulent toutes les sphères de la vie sociale et individuelle des congolais. Or amener les gens à se convertir vers une parole qui exlate la puisance de la vie en Christ n'était pas chose facille. Il fallut pourtant s'y atteler et tout fut entrpris pour cela : les thématiques des nombreux chants que composèrent l'abbé avec certains de ses amis, le contenu des enseignements dispensés à ces poplations en témoignent vivement aujourd'hui. Et l'on mesure encore plus l'immensité de son œuvre depuis qu'il accepté de rejoindre là-haut la schola populaire des ANGES de Dieu.
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Petit à petit les jeunes ont intégré les scholas populaires pour assurer la relève des pionniers, dont certains sont encore vivants. Parmi les figures de proue de la schola populaire de Saint Pierre-Claver, il faut sans conteste nommer et rendre hommage à Madame MOUTINOU Marie(+) alias "Mâ Marie", l'une des premières femmes à avoir pris en charge la direction d'un groupe de chants à l'église… depuis 1957 !

Madame MOUTINOU Marie, "Mâ Marie" de son petit nom. Sous sa "baguette", le groove traditionnel a atteint son apogée. Elle avait, chevillée au corps, cette traditionnelle pulsion du "bwanga" qui soutient le tempo des chants. Perlé de dizaines de percussions tant instrumentales que vocales, la sauce musicale dégageait des saveurs musicales très caractéristiques de notre terroir… Les voix mixtes de la schola n'avaient rien à envier à celles des chorales classiques. Moins épurées, ces chantres "naturels" s'adonnaient ingénieusement, sans le savoir, à l'art du contrechant et de la variation, parfois sur des modes tonaux combinés. Devant cette aisance à laisser transpirer de son âme des structures musicales aussi complexes, les intéressés répondent aujourd'hui : "c'est une forme de blues; ça s'exprime, ça ne se réfléchit pas".
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